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La série Ace Attorney

Série maudite en occident, Ace Attorney, ou Gyakuten Saiban, a connu bien des difficultés pour arriver sur notre continent. Sucess story japonaise, cette série ne peut être dissociée de son empreinte nippone: character design, construction scénaristique, format visual novel… Malgré ses aléas, la licence fait son grand retour chez nous en 2013 avec un cinquième épisode, suite directe des aventures du célèbre avocat.  

Des débuts difficiles en occident…

Initialement nommé Phoenix Wright puis Ace Attorney, le titre perd de sa signification japonaise Gyakuten Saiban, soit « Volte-face à la Cour ». Cette traduction résume parfaitement l’état d’esprit de la série connue pour son scénario improbable et ses personnages emblématiques. Le jeu sort pour la première fois sur GBA le 11 octobre 2001 au Japon et possède la particularité d’être essentiellement constitué de textes, composante majeure de son gameplay. Autant dire que le jeu a eu beaucoup de mal à se faire connaître à l’extérieur du Japon, Capcom jugeant la localisation du jeu peu rentable en Europe malgré les bonnes ventes de celui-ci dans l’archipel. Les aventures de l’avocat se poursuivent à travers deux nouveaux volets qui paraissent sous les noms d’Ace Attorney : Justice for All, paru le 17 octobre 2002 suivi du dernier opus de la trilogie, Ace Attorney : Trials and Tribulations sorti le 23 janvier 2004. Pendant que le Japon profite de cette magnifique série, l’occident se morfond et voit son salut arrivé avec la sortie de la nouvelle console de Nintendo, la DS.

Une arrivée réussie…

Bien que critiqué pour sa mauvaise politique envers les éditeurs tiers, Nintendo inclus le jeu dans son catalogue promotionnel de l’époque et l’édite chez nous que le 31 mars 2006.  Le public occidental découvre un jeu au gameplay bien particulier, mélange de visual novel et point and click emprunt d’originalité. Ce premier épisode pose les bases qui seront le fer de lance de la série avec une mise en scène typiquement japonaise accompagnée d’une simplification d’un système judiciaire. A l’origine de cette série, Shu Takumi, connu pour ses gampeplay innovants comme le démontre dernièrement son travail sur Ghost Trick.

Bien que connu pour son approche particulière du genre, c’est grâce à sa narration que le jeu se démarque. Il ne fait aucun doute que si le jeu n’avait pas ce charme atypique, la recette aurait certainement beaucoup moins bien marché. Dans la peau d’un jeune avocat, Phoenix Wright, le joueur doit résoudre différentes affaires avec l’aide de son assistante, Maya Fey. Le jeu alterne deux phases distinctes de gameplay: les phases de procès et les phases d’enquête.

Dans la première, Phoenix se retrouve face au juge, mais surtout face au procureur. Alors commence une sorte de joute judiciaire où le but est de prouver que votre client est innocent malgré les preuves accablantes de l’accusation. L’ensemble du procès est basé sur le “contre-interrogatoire” avec une écoute complète de la déposition du témoin, s’ensuit une relecture où vous pourrez le remettre en question. L’ajout de deux boutons sur les bords supérieur de votre écran tactile permet d’interagir avec le témoin en insistant sur une phrase de son témoignage avec « Un instant » ou de dégainer une de vos preuves avec « Prends ça ».  Cette dernière action demande au joueur de sélectionner une des preuves à disposition dans le menu, voir de l’inspecter ou de montrer un détail bien précis de l’élément présenté.

La phase d’enquête n’apparaît qu’à partir de la deuxième affaire, il s’agit d’une phase assez classique de point and click où il faut inspecter divers lieux. Autant dire que sur la GBA, ce passage se révélait assez laborieux, il fallait, à l’aide de la croix directionnelle, sillonner chaque pixel de l’écran. La maniabilité devient nettement plus agréable avec les portages sur DS puis IOS. Ces phases permettent de récolter des indices ainsi que des témoignages lors de visites sur les lieux du crime. La phase d’investigation se fini généralement sur un cliff-hanger lançant la nouvelle phase de procès.

Le gameplay d’Ace Attorney repose sur ces deux points faisant office de contre mesure avec des enquêtes assez calmes alors que les procès demeurent beaucoup plus intenses. Le fil conducteur qui lie ces deux phases dynamise l’ensemble et apporte ce petit grain de folie que l’on connaît aux Ace Attorney. Il n’est pas rare de se souvenir de personnages hauts en couleurs tels que Paul Defès ou Flavie Eïchouette. Mais s’il y a bien des personnages qui vous hanteront, ce sont les procureurs. Bien que Victor Boulet ne soit pas un adversaire des plus remarquables, les retournements de situations avec votre rival Benjamin Hunter mettront vos nerfs à rude épreuve durant les procès. Guidé par le scénario, il ne lui faut que quelques secondes pour réduire à néant tout votre travail. Le tout compliqué par un juge qui n’a de cesse de suivre le procès tel un spectateur de soap opera à la merci des remarques des procureurs. Vous ne pouvez compter que sur l’appui de vos assistantes, Mia et Maya Fey afin de poursuivre le procès.

Beaucoup plus accessible sur DS à l’aide du stylet qu’au temps de la GBA, le jeu se vend suffisamment pour Capcom qui décide de licencier la suite de la trilogie en Europe.

Sorti le 16 mars 2007, notre jeune avocat reprend du service dans ce deuxième épisode. La recette ne change pas et intègre un nouvel outil de gameplay, le Magatama. Cet étrange pendentif permet dorénavant d’interroger des témoins hors des phases de procès. Ces passages ressemblent aux traditionnels contre-interrogatoires avec une difficulté indiquée via les verrous Verrou-Psyché. Plus il y a de verrous, plus il est difficile de soutirer des informations dissimulées par un personnage. L’ancienne barre d’erreur représentée par des points d’exclamation est remplacée par une barre verte se vidant plus ou moins en fonction de votre erreur. Il est à présent possible de présenter les portraits de personnages en tant que pièces à conviction. Les quatre affaires présentes ressemblent trait pour trait à celles l’épisode GBA, point d’affaire supplémentaire dans cette nouvelle monture.  Le scénario donne l’occasion d’en apprendre davantage sur les rivalités au sein de la famille Fey, la technique du channeling et d’assister à une remise en question de notre bien jeune avocat.  Hormis la présence de Benjamin Hunter dont l’ombre plane sur Phoenix Wright, le jeu se suffi à lui-même. L’apparition du nouveau procureur, Franzisca von Karma n’est pas des plus surprenante et laisse plus d’un joueur sur sa faim. Moins innovant, mais surtout moins surprenant que son prédécesseur et son successeur, cet épisode est généralement reconnu en deçà des autres, ce qui ne l’empêche pas d’être très bon avec des affaires toujours aussi diversifiées et réussies!

Il faudra attendre un an après les Etats-Unis pour voir arriver la suite des aventures de Phoenix Wright le 3 Octobre 2008. Trials et Tribulations constitue le troisième et dernier volet de la trilogie DS et GBA. Assez étrangement le titre paraît en Europe quelques mois  après la sortie d’ Apollo Justice dont l’action se situe après cet épisode.

Dans cet opus, on incarne un Phoenix en pleine forme devenu au fil des procès une légende du barreau. Même si le jeu ne possède aucune nouveauté majeure, il reste néanmoins un des épisodes favoris d’un grand nombre de fans grâce à son scénario et des personnages sublimés. En effet, le jeu alterne entre différents avocats au fil des enquêtes: on incarne ainsi Mia Fey à ses débuts, ou comme à l’accoutumer Phoenix et Maya dans de nouveaux procès. Le succès du titre est grandement dû à ce nouveau rythme qui rompt la monotonie du jeu, en particulier dans la dernière affaire. On voit le retour des procureurs canoniques de la série Victor Boulet, Benjamin Hunter, Franziska von Karma accompagnés du mystérieux Godot, procureur marquant de ce nouvel opus. Compilation magistrale des qualités de la série, cet épisode maîtrisé conclu en beauté les intrigues débutées dans le premier volet. Bien que réservé à un cercle restreint de joueurs, la série connaît un succès grandissant en Europe. A la fin de la trilogie, Capcom décide de renouveler la série en conservant son gameplay mais en opérant un sérieux changement de casting.

Trailer du troisième épisode sur GBA [Spoiler sur les premiers opus]

Peu à peu abandonée

Changer le héros de la série fut une décision risquée de la part de Capcom. Beaucoup de fans criaient au scandale, d’autres attendaient avec espoir ce que les développeurs leur réservaient. Apollo Justice fait une entrée en scène mitigée dans la série, notamment dû à un manque de charisme et un character design qui ressemble à s’y méprendre à celui de Phoenix Wright. Le quatrième opus en lui-même n’est pas pour autant mauvais, il présente même certaines innovations, comme l’étude scientifique des preuves ou l’observation des témoins à l’aide du bracelet d’Apollo révélant leurs tics et mimiques, preuves de leur mensonge. Cependant, le casting se révèle nettement moins intéressant que celui des premiers, les affaires moins cohérentes que par le passé et propose un procureur bien moins charismatique que Godot ou Benjamin Hunter… A cela s’ajoute un Phoenix Wright plus ou moins présent mais qui fini par voler la vedette à notre nouvel avocat. Il s’agit donc d’un bon jeu mais d’un moins bon épisode de la série. Qui plus est, la stratégie commerciale de Capcom est elle-même assez problématique. L’éditeur décide de sortir en Europe cet épisode en plein milieu de la trilogie entre « Justice for all » et « Trials and Tribulations » ce qui un problème de communication. Cela s’en ressent au niveau des ventes générales en deçà des espérances, ce qui pousse Capcom à ne pas traduire le spin-off de la série, Ace Attorney Investigations : Miles Edgeworth.

Ce spin-off permet de retrouver un gameplay similaire aux premiers opus tout en mettant en scène le célèbre rival de Phoenix Wright, Miles Edgeworth, nommé Benjamin Hunter dans les premiers épisodes. Le jeu délaisse la vue à la première personne afin d’adopter une vue externe qui laisse apparaître des décors 2D dans lesquels on peut déplacer les personnages. Les deux phases procès/enquête sont fusionnées, le rythme devient alors moins cartésien ce qui laisse plus de flexibilité au jeu. Un système de reconstitution nommé “Little Thief”, permet de recréer les scènes de crimes si les suppositions sélectionnées par le joueur sont justes. Edgeworth peut également faire appel à sa logique afin d’assembler différents éléments ensemble ce qui donne lieu à l’apparition d’un nouvel indice ou tout du moins une avancée significative dans l’enquête. Le célèbre procureur est accompagné de Dick Tektiv, déjà présent dans la trilogie, ainsi que de Kay Faraday, une voleuse pleine d’énergie qui tente par ses propres moyens de rétablir la vérité. Malgré ses qualités, les ventes européennes sont une nouvelle fois décevantes en partie à cause de l’absence de traduction du titre. La décision de Capcom fut simple, la suite du spin-off ne sortira pas de l’archipel. Mieux maîtrisé, il reprend le même gameplay du précédent opus et apporte une phase supplémentaire basée sur l’observation des témoins et leur réaction face au question d’Edgeworth. En dépit des multiple demandes des fans, Capcom se refuse toujours de sortir le titre en occident.

Le volte-face attendu !

Après cette parenthèse au sein de la série, Capcom hésite. Il faut dire que le développeur ne doit plus vraiment savoir comment remanier le scénario principal du jeu suite à l’épisode d’Apollo Justice. Phoenix n’est pas censé pouvoir revenir en tant que premier rôle, d’où la création du spin-off. Cependant, abandonner la licence serait une erreur économique tant elle est devenue une référence au Japon. Dès  2011, on entend déjà quelques rumeurs concernant un certain Gyakuten Saiban 5, mais rien ne semble vraiment filtrer. C’est alors que vient l’annonce d’un cross-over que personne n’attend, Professeur Layton VS Ace Attorney qui mélange le gameplay des deux séries dans un univers médiéval-fantastique. Même si ce n’est pas un épisode « fondateur », ni même un spin-off, revoir Phoenix Wright sur le devant de la scène rassure le public de la série. Grâce à la notoriété de la licence du Professeur Layton, le titre arrive chez nous le 28 Mars 2014. Une date bien tardive qui fait sortir le jeu en Europe quelques mois après le cinquième épisode Ace Attorney: Dual Destinies paru le 24 Octobre 2013. Cependant, Ace Attorney bénéficie de la visibilité de la série de Level 5 mais également d’ une traduction française absente depuis le spin-off. Le scénario s’inscrit majoritairement du côté de la saga Layton, au détriment de l’univers Ace Attorney. A cela s’ajoute, des phases de procès assez basiques si on les comparent au cinquième opus malgré l’ajout de contre-interrogatoire à témoins multiples. Côté Layton ou Ace Attorney, la fusion des deux univers se fait difficilement et ne crée au final qu’un simulacre de ce qui aurait pu être une bonne idée. L’ensemble assez moyen du soft ne lui permet pas de s’imposer, surtout après Dual Destinies.

Sorti après Professeur Layton VS Ace Attorney au Japon, le cinquième épisode de la série avait un lourd fardeau sur ses épaules. Après un Ace Attorney: Apollo Justice moyennement bien reçu par les fans, il fallait imposer une suite crédible avec Phoenix Wright, le passage à la 3D de la série et trouver un nouveau procureur charismatique afin de remplacer dignement celui du troisième épisode. Phoenix revient donc après une pause accompagné de sa fille adoptive, Vérité Wright et d’Appolo Justice qui comme son prédécesseur connaît une crise existentielle. L’arrivée d’Athena Cykes ajoute un nouveau gameplay basé sur les émotions des témoins: un accusé vu comme “heureux” à l’annonce de la mort d’un autre personnage peu alors paraître suspecte. Réussi, ce mode amène un peu de fraîcheur au titre qui se compose déjà des anciens mode avec le Magatama ou le bracelet d’Apollo. Comme dans Trials and Tribulation, les personnages se succèdent à la barre et alternent dans les rôles d’avocats et d’associés, ce dernier traditionnellement incarné par un personnage non-jouable. Face à eux, un nouveau procureur prend place, Simon Blackquill, un condamné purgeant sa peine tout en respectant le code des samouraïs. Les procès sont de plus en plus intenses, la découverte du coupable est à présent illustrée d’une séquence ou celui-ci révèle sa vraie personnalité avec un changement d’attitude illustré par les modèles 3D. Bien initialement en 2D, la 3D de cet Ace Attorney fonctionne très bien même si elle demeure parfois un peu rigide. D’une durée de vie de plus de trente heures, il s’agit du titre le plus complet de la série même si certains lui reprochent une certaine facilité: il est maintenant possible d’obtenir la solution nécessaire à l’avancée de l’enquête si l’on se trompe plusieurs fois. Le jeu sort certes en France et aux Etats-Unis mais uniquement en dématérialisé, avec un prix réduit de 25 euros, et en anglais, laissant une nouvelle fois de côté les moins à l’aise avec la langue de Shakespear. Il faut cependant se réjouir de revoir la saga revenir chez nous après un spin-off uniquement réservé au territoire japonais.

Après ce titre salvateur salué par la critique, une question demeurait: qu’est-ce que Capcom allait faire de la série ? Il fallut attendre quelques mois après la sortie française de Dual Destinie pour que Capcom annonce Dai Gyakuten Saiban, ou The Great Ace Attorney en occident. Se déroulant à l’époque Meiji, le jeu ne s’inscrit pas directement dans la suite de la chronologie Ace Attorney. Ryuunosuke Naruhodo, un ancêtre de Phoenix se rend en Angleterre afin d’apprendre le droit judiciaire et se retrouve face au procureur Barock van Siegs surnommé “le dieu de la mort”. Sherlock Holmes et Iris Watson viendront aider ce nouveau héros ainsi que deux autres personnages, Susato Mikotoba qui reprend le rôle de Maya, et Kazuma Asougi, qui prend la place d’Apollo Justice. Le système judiciaire s’inspire de celui du cross-over avec la présence de multiple témoins qu’il faut convaincre de l’innocence de l’accusé auquel s’ajoute un argument décisif capable de renverser le procès. Prévu pour le 9 juillet en version simple ou collector au Japon, la sortie européenne demeure un mystère.

Après 14 ans de procès, tribulations, et joutes verbales, la série Ace Attorney se poursuit et parvient presque toujours jusqu’à nos contrées en dépit d’une volonté vacillante de Capcom. Innovant à sa sortie, le jeu repose toujours sur des bases instaurées depuis le premier volet tout en apportant quelques touches par si, quelques ajouts par là, ce qui en fait aujourd’hui un hybride visual novel/point and click unique. Espérons que Capcom continu ne serait-ce que de traduire les titres chez nous, le niveau de japonais requis pour jouer étant assez élevé…

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Azura • 3 juin 2015


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